Jean-Pierre

 

A l’instar de Thomas Diafoirus dans « Le malade imaginaire », il n’a jamais été ce qu’on nomme un enfant mièvre et éveillé. Il était plutôt timide et gentillet (comme Bertrand Labévue dans « Gaston Lagaffe »).

 

Vous remarquerez au passage que j’ai pris un soin particulier à diversifier mes sources de référence afin que mon discours s’adresse à tous et même aux amis que j’ai emmenés avec moi ce soir (Seb, Les François, P’tit Philippe,  Jean-éric, Cyril, Thierry, Damien…).

 

D’où vient le Jean-Pierre ? mystère de la nature où  concept extra-terrestre ? La question reste entière. En tout cas, son état n’est sûrement pas du à ses parents ou à sa sœur qui sont des gens admirables et qui ont même dépensé des fortunes pour le faire accepter dans des écoles et des lycées publics humains. Ils sont même allés jusqu’à lui acheter un ami : moi.

 

Mon rôle était double : l’initier à la vie en société et lui apprendre à s’habiller correctement tout seul. Comme vous le savez, mon deuxième objectif n’a jamais été atteint.

 

J’ai commencé son éducation par le début :

·         Au départ, il était physiquement non abouti. Je lui ai appris à marcher puis à s’alimenter correctement. Aujourd'hui, je me dis que j’ai sans doute trop bien réussi ;

·         Je l’ai fait progresser des grognements sauvages au langage articulé en moins de 3 ans. Néanmoins, il faut avouer que dans certaines circonstances, ça le reprend ;

·         Je lui ai appris à parler aux commerçants (avant, il payait tout plus cher, notamment les photocopies) ;

·         Je lui ai appris à avoir confiance en lui. Au lycée Carnot, à son arrivée, les enfant du collège lui jetaient des pierres. Au bout d’un an d’efforts intenses, le Jean-Pierre dépassait toutes mes espérances : il abusait même de son assurance nouvelle pour faire croire à ces mêmes collégiens qu’il était surveillant et il leur demandait leur carnet de correspondance afin d’y écrire les pires horreurs  à leurs parents ;

·         Je lui ai montré comment éviter un 3 en physiques en faisant croire à la prof qu’elle avait perdu une de ses copies (le problème est qu’il a essayé une semaine après moi et qu’il a donc récolté un 0) ;

·         Un an plus tard, il allait tellement mieux qu’on pouvait presque le confondre avec moi. D’ailleurs, c’est ce qui est arrivé, ses parents ont été très surpris de recevoir un avis du proviseur, qui était en fait destiné aux miens,  leur signifiant que leur fils avait séché 40 jours en un trimestre. Mes parents, comblés que le proviseur les félicite pour mon assiduité, m’ont offert une voiture.

 

Il faut tout de même reconnaître que malgré ses déboires scolaires, Jean-Pierre a toujours été un gentil garçon (sauf quand il jouait des Mages-assassins-guerrier-Ninja-voleurs 15ème niveau à Donjons&Dragons) Je ne saurais dire si les jeux de rôles ont été bénéfiques pour lui, mais il n’est pas retourné en prison depuis 10 ans, touchons du bois.

 

Il était tellement gentil que, comme l’a si bien dit Monsieur le Maire ce matin, il a développé des trésors de tendresse avec tout un tas de petits animaux.

·         Il a d’abord eu un chat (plus exactement un veau de 9 Kg avec beaucoup trop de griffes et un cerveau de paramécie) ;

·         Il a fait un élevage de cafards. Je me souviens qu’il se préoccupait tellement d’eux qu’il leur avait acheté un petit hôtel avec un produit rouge censé les rendre stériles. En fait, ils en raffolaient tellement que ce traitement leur a permis de se surmultiplier. Certains avaient même élu domicile dans les yaourts (j’ai goûté,  c’est pas si mauvais – en tout cas c’est meilleur que le poulet à la framboise de sa sœur servi sans couverts ou que les quenelles à la volaille et aux brocolis de sa mère) ;

·         Il a recueilli un indépendantiste Breton et un clandestin Turc pendant 6 mois dans sa chambre de 10m² ;

·         En ce qui concerne ses hamsters, ceux qui ne sont pas morts parce qu’il les laissait tomber de l’armoire lui ont ouvert les yeux sur un miracle de la nature. Un jour il m’a demandé naïvement : « Dis-moi copain pourquoi que j’avais deux hamsters hier et que que y’en a tout plein beaucoup aujourd’hui ? » (je me dois ici de vous signaler que l’arithmétique Jean-Pierrienne se résume à 1, 2, plein, trop…).

·         Il était temps que je m’occupe de déniaiser ce garçon. Je lui ai épargné mon couplet sur les roses et les choux et je l’ai présenté à une merveilleuse jeune femme édentée pour qu’elle explique tout cela.  Cependant, comme j’ai promis à Candice de ne pas gâcher son mariage je ne m’attarderai pas sur le sujet.

 

Mon travail éducatif n’était pas achevé lorsqu’un drame survint : la vie se chargea de nous séparer : je devais m’éloigner vers les contrées nordiques pendant qu’il tentait de passer pour la troisième fois sa première année de Deug. Je le croyais perdu pour la science et pour la vie sociale. C’était sans compter sur un coup de pouce du destin.

 

Un jour que je revenais de Valenciennes pour m’occuper de lui, j’ai découvert dans ses yeux une lueur inattendue, une lueur d’intelligence et d’humanité : il avait rencontré Candice. En fait, pour survivre à Jussieu, tous les deux avaient commencé à apprendre le tir au pistolet. Et c’est lors d’une séance de tir tendu… au pistolet automatique qu’il est parvenu à l’attirer (« L » apostrophe) vers un bonheur dont la concrétisation nous réunit ce soir.

Aujourd’hui, Candice, je te passe officiellement le relais, je te confie mon petit frère de cœur.  La seule chose que je te demande c’est de le rendre heureux puis de faire rapidement un cousin ou une cousine de cœur à ma fille Agathe.