Dieu m’a envoyé un signe fort hier soir
Dieu m’a envoyé un signe fort hier soir et s’est adressé à moi ce matin alors que j’ouvrais mon premier œil. « Non, Christophe Meyer, tu n’es pas doué en tout… vas donc jeter ton œil ouvert dans ton lave-linge séchant et on se rappelle… ».
Effectivement, il y a un ou deux domaines dans lesquels je n’excelle pas. Notamment dans l’utilisation des machines à laver séchantes de marque Indesit. Autant pour mon amour-propre et mon auto-satisfaction légendaire…
Mes malheurs avaient commencé la veille en fait. J’aurais dû prendre la menace au sérieux. J’avais considéré inutile de m’abaisser à lire en profondeur le mode d’emploi de cette machine stupide. Ayant effectué tous les branchements logiques, j’avais mis fièrement à tourner ma première lessive.
Quand le sélecteur trouva opportun de s’arrêter sur la position « essorage », j’eus une idée précise de ce qu’est un tremblement de terre dont la magnitude atteint le degré six sur l’échelle de Richter. J’avais quitté les lieux, leur préférant la chaleur bienveillante d’un bain aux extraits mentholés. Erreur. Mon sismographe interne et les hurlements sauvages de la voisine du dessous me rappelèrent à la dure réalité. Pour faire bonne mesure, je me suis étalé lamentablement dans le couloir, entremêlé dans la ceinture de mon peignoir bon marché. Arrivé sur place (en rampant donc), le spectacle était magnifique. Le lave-linge tentait de battre je ne sais quel record de Rodéo en cuisine. A y regarder de près, il avait toutes ses chances. Le lave-vaisselle (initialement accolé au lave-linge) avait bougé de cinquante centimètres, le plan de travail était incrusté dans le plafond, ma bouteille de Get 31 gisait disloquée et inanimée dans une mare de son contenu, La porte du four micro-ondes battait la mesure et ma casserole préférée et unique faisait des sauts de carpe, vomissant quelques nouilles à chaque bond.
Bref, j’aurais mieux fait en lisant en détails la notice (dont les caractères en tout petit de l’avant dernière page) et en retirant les vis de maintien « pour le transport uniquement ». Je ne sais pas quel est le con qui rédige les modes d’emploi chez Indesit, mais s’il se retrouve sans emploi, il a toutes ses chances chez Carambar.
Ecoutant Dieu, je me lève prestement, file dans la cuisine, ouvre le lave-linge et sors ce qui était, quelques heures auparavant, du beau linge.
J’avais un magnifique Jean noir ample. J’ai maintenait un short gris, tellement moulant qu’on me verrait la religion si j’en avait une… et qui me vaudra assurément une entrée gratuite au Queen.
J’avais un chouette T-shirt Blanc XXL. J’ai maintenant une minuscule tunique bariolée orange et bleue pour la poupée d’Agathe.
J’avais un Sweat-shirt Lacoste du plus beau vert. J’ai maintenant une serpière de luxe marron.
J’avais une superbe nappe rose. J’ai maintenant une pochette parfaitement assortie à ma cravate anthracite.
J’avais un caleçon YSL bleu. Introuvable. Envolé, Disparu… Sans laisser d’adresse… Ingrat !
Quand je pense que j’étais à deux doigts d’acheter un four en même temps que mon lave-linge… Les pompiers de Paris et la Brigade de déminage en milieu hostile me doivent beaucoup sans le savoir, mes plus beaux sacrifices restent toujours ignorés…
Dieu ne m’a pas encore rappelé mais il pleut. Comment dois-je interpréter ça ?